Démarche artistique

Quand je peins, je peins. C’est du pur présent, de l’immédiat. Je circule autour de la toile, je regarde les couleurs se cogner, se répondre, s’absorber par des gestes amples et vifs, par des frottements de matière acrylique sur de grands formats où le pastel vient parfois se glisser.

 Tout à coup, la couleur monte,  les contours explosent comme de petites scénographies de la violence. La couleur  arrive en excès, elle déborde et craquelle la toile, la pousse jusqu’à la fracture. Elle vient déloger ce qui a été enfoui, fait surgir des failles, des précipices, des visions fragmentées et dissonantes, jusqu’à ce que quelque chose tremble et finisse par tenir.

 L’espace des tableaux se transforme par couches discontinues et  superposées, par reprises et variations chromatiques, comme un paysage dévasté aux frontières brouillées. Ce que je cherche dans ces sédiments, c’est une géographie perdue, la sensation d’une enfance pleine de lumière et de guerre. Ce que je sonde dans ces strates, c’est une terre enfouie : le Liban, sa lumière et sa guerre, le pays de l’enfance et de la blessure, le pays de la guerre civile et de la guerre intime.

 Mes Turbulences cherchent à tenir ensemble la lumière et la guerre.